Contribuables Associés écrit à Christophe Barbier

4 février 2013  |  Publié dans Revue de presse

Lettre ouverte à Monsieur Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express sur la désinformation en matière d’immigration.

Monsieur le Directeur,

Vous avez publié dans votre numéro 3202 du 14 au 20 novembre 2012 un dossier dont le titre « le vrai coût de l’immigration » faisait également la couverture de votre magazine. Entreprise louable puisqu’elle semblait aller à contre-courant du discours compassionnel ou des anathèmes xénophobes qui polluent toute information sur ce sujet.

Nous sommes en effet particulièrement sensibles comme nos 200.000 adhérents à connaître ce que l’immigration coûte et rapporte à l’Etat c’est à dire aux contribuables, et nous avons publié à cet effet entre mars 2008 et novembre 2012, quatre monographies et un hors-série qui traient de l’ensemble de l’aspect économique des migrations : recettes, dépenses et investissements de l’état en matière d’immigration, émigration fiscale et entrepreneuriale, coût de l’immigration irrégulière, contribution des immigrés et de leurs enfants à l’augmentation du PIB national…

C’est dire combien nous avons été surpris d’une part de constater que votre dossier alléchant ne comportait hors couverture que quelques pages signées par vous et la journaliste Agnès Laurent qui l’a coordonné et d’autre part que ce « vrai coût de l’immigration » que vous annoncez était en réalité une opération subtile de désinformation.

Parmi tous les économistes qui travaillent sur le coût de l’immigration (Yves-Marie Laulan, Gérard Pince, Jean-Yves Le Gallou, Jean-Paul Gourévitch…) et dont les bilans s’étagent entre 8 et 71 milliards de déficit pour les finances publiques, vous avez choisi de n’interviewer qu’une personne, la seule qui considère le bilan financier de l’immigration comme (légèrement) positif, Xavier Chojnicki. C’est effectivement le droit de votre journaliste de ne faire appel qu’à un interlocuteur unique, encore faut-il dans un dossier documenté, avoir le courage de poser les bonnes questions, celles qui fâchent.

Ce maître de conférences à l’Université de Lille 2 a coordonné en 2010 une étude sur « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme » et a publié en pleine campagne présidentielle 2012, de concert avec Lionel Ragot aux éditions Eyrolles-Les Echos On entend dire que l’immigration coûte cher à la France. Qu’en pensent les économistes?

Après avoir laissé dire que « l’immigration rapportait 12 milliards d’euros à la France », équation reprise avec enthousiasme sans aucun contrôle des textes, par tous les medias de la bien pensance, il a dû reconnaître, devant le tollé soulevé, que ce chiffre se fondait sur des statistiques anciennes ( 2005), qu’il ne couvrait que la protection sociale, qu’il passait sous silence les coûts de structure, les coûts sécuritaires, les coûts sociétaux, les coûts de l’immigration irrégulière… et de fait il a réduit dans l’ ouvrage cité ci-dessus son impact bugétaire positif à 3,886 milliards d’euros. Un bref encadré précisait qu’il fallait en effet tenir compte de 20, 295 milliards de dépenses et de 11,714 milliards de recettes « non affectées » et donc réparties au prorata de la population française.

Une journaliste avertie et impartiale se serait étonnée de cette contradiction entre ces deux bilans et de l’absence d’actualisation des statistiques.

Elle aurait interrogé M. Chojnicki sur la répartition de ces dépenses non affectées entre immigrés et non-immigrés. La (petite) délinquance ou la prostitution ne sont-elles vraiment imputables que pour environ 10% à l’immigration ce que démentent toutes les statistiques publiées sur les interpellations et la population carcérale?

Elle aurait demandé à M. Chojnicki d’où il sortait ces 11,714 milliards de recettes qui ne sont ni fiscales, ni sociales, ni des taxes sur la consommation et dont il ne dit pas un mot.

Elle aurait interpellé M. Chojnicki sur l’absence persistance du déficit dû à l’immigration irrégulière qui nous avons nous-même chiffré dans la monographie n° 25 de juin 2011 à 4,6 milliards d’euros. Même sur l’aide médicale d’Etat, sa totalisation (588 milliards d’euros) ne concerne que l’année 2009 alors que la progression des bénéficiaires a continué depuis, elle ne comprend pas le déficit de la dotation forfaitaire de l’Etat concernant les soins urgents pour les non-admissibles à l’AME (44,25 millions d’euros), ni le coût de la procédure d’étranger malade (32 millions d’euros).

Nous n’avons trouvé aucune trace de ces questions dans l’article.

Mais il y a plus grave.

Votre journaliste a mis nommément en cause notre collaborateur Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique et les migrations et dont le rapport sur les migrations subsahariennes a été voté à l’unanimité par le Conseil de l’Europe. Elle mentionne à l’appui de ses dires une des études (celle de 2010) publiée pour Contribuables Associés. Après avoir tenté de le discréditer en le diabolisant (« une étude… souvent citée par Marine Le Pen »), elle laisse Xavier Chojnicki affirmer que cette étude impute aux immigrés le coût de la contrefaçon (2,2 milliards d’euros), celui de la prostitution (1,4 milliards d’euros) ou l’aide publique au développement à destination des pays d’origine. Alors que les textes publiés montrent à l’évidence que les chiffres cités ne concernent que la part des immigrés dans la contrefaçon ou la prostitution, et que l’aide au développement n’est chiffrée que pour la part censée réduire les flux migratoires en provenance des pays. Vos lecteurs ne pourront jamais le savoir puisqu’Agnès Laurent a soigneusement oublié d’interroger l’auteur de l’étude, comme si dans un débat on ne retenait que l’accusation sans laisser la parole à la défense. Et en titrant l’article « les chiffres contre les clichés », elle a affirmé clairement ses engagements.

Jean-Paul Gourévitch aurait pu porter plainte ou réclamer un droit de réponse. Il n’a pas voulu le faire. Après s’être entretenu avec Agnès Laurent, il lui a fait envoyer à sa demande la dernière étude sortie en novembre 2012 « L’immigration en France : dépenses, recettes, investissements, rentabilité« . Ce travail d’une centaine de pages élargit le périmètre de l’étude aux départements d’outremer et aux descendants d’immigrés de plus de 18 ans, reprend dans le détail les cotisations payées par les employeurs pour les immigrés, et actualise les chiffres. Elle aboutit à un total de 17,4 milliards payés par le contribuable dont 8,76 milliards de déficit pour la balance dépenses/recettes et 8,65 milliards d’investissements dont une partie possède une rentabilité nulle (l’aide au développement pour réduire les flux migratoires) et l’autre aura un effet non mesurable immédiatement (les investissements pour l’éducation la formation, le logement, la politique de la ville…). Elle propose enfin une série d’hypothèses chiffrées susceptibles de réduire ce déficit.

Votre journaliste a demandé un mois de délai pour étudier le dossier et faire connaître sa décision.

Elle vient de la communiquer. La monographie ne sera ni chroniquée ni même citée comme source d’information pour rectifier les allégations mensongères et les oublis volontaires de l’article.

Nous ne pouvons que constater qu’un journal fondé il y a soixante ans, qui a connu des heures de gloire et montré du courage sur des dossiers brûlants et à des moments critiques pour la nation est loin de s’être ici situé « au-dessus de la mêlée » selon votre expression consacrée, quand il utilise des procédés qui relèvent du militantisme et non de l’information et ne sont pas de nature à éclairer l’opinion publique. Nous considérons que les lecteurs de L’Express dont nous faisons partie méritent d’être informés loyalement et non endoctrinés. Nous sommes, bien entendu, tout prêts à recevoir vos explications et à leur donner l’audience nécessaire.

Et nous vous prions de croire à nos sentiments les meilleurs.

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